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Une escadre (en anglais, wing) est une unité militaire utilisée dans la Marine et l'Aviation d’un État[1].

Le terme d'escadre apparaît également dans le grade de chef d'escadre sous l'Ancien Régime puis dans l'appellation de vice-amiral d'escadre dans la Marine actuelle[2].

Dans une force navale

La définition d'une escadre au milieu du XVIIIe siècle.
Peinture d'une escadre, par François Roux.

Une escadre est un groupe de navires de guerre opérant sous un même chef. Suivant l’époque, le terme peut décrire une force navale à la mer ou bien l’ensemble des navires de guerre affectés à une zone géographique sous un même commandement mais le terme d'escadre est rarement utilisé de nos jours.

Du temps de la marine à voile, une escadre était un groupe de navires de ligne, sous les ordres d'un amiral[3]. Pour décrire une escadre importante, ou flotte de guerre, on employait souvent le terme « d’armée navale », formation qui était elle-même classiquement divisée en trois escadres : l’avant-garde, commandée par le vice-amiral, le corps de bataille sous les ordres de l’amiral et l’arrière-garde, commandée par le contre-amiral[4].

Une escadre était, généralement, subdivisée en divisions. Fréquemment, en fonction du nombre de vaisseaux, la division comportait trois, ou un multiple de trois vaisseaux. À côté des vaisseaux de ligne formant la ligne de bataille, on trouvait des frégates, chargées de différentes missions (liaison, reconnaissance, répétition des signaux ou aide au remorquage, par exemple)[5]. D'autres navires (brûlots, transports, navires-hôpitaux, etc.) pouvaient également accompagner l'escadre.

Au XVIIIe siècle, on constitua également des escadres d’évolution pour entraîner les équipages et les états-majors à évoluer et combattre ensemble dès le temps de paix. La première escadre d'évolution a été constituée sous le ministère du duc de Choiseul (1761-1766). Cette pratique a été reprise sous le ministère d'Antoine de Sartine (1774-1780) puis également au XIXe siècle[6].

À partir de 1786, une série d'ordonnances et règlements promulguée par le secrétaire d'État de la Marine, le marquis de Castries, organise la Marine française en neuf escadres qui deviennent donc également des formations administratives.

Enfin, le terme d'escadre est également utilisé à partir de la Révolution pour désigner l'ensemble des forces navales assignées à une zone géographique donnée (ce qui était appelé « flotte » sous l'Ancien Régime). Ainsi, la flotte du Levant est rebaptisée « escadre de la Méditerranée » et la flotte du Ponant « escadre de l'Atlantique » puis « flotte de l'océan ».

De nos jours, si le terme d’escadre reste parfois encore utilisé par les médias ou le grand public pour désigner un groupe de navires de guerre, les professionnels préfèrent utiliser des descriptifs plus précis. Ainsi, par exemple, la force d'action navale de la Marine nationale française met en œuvre le « groupe aéronaval ». Lorsqu'il opère dans le cadre d'une force multinationale, ce même groupe aéronaval prend une appellation normalisée (Task group, ou Task force) suivie d'un numéro de désignation attribué par l'OTAN.

Dans une force aérienne

Par extension, après l'apparition des forces aériennes, une escadre désigne une grande unité placée sous les ordres d'un colonel (ou même d'un général[7]) ; on parle alors d'escadre « de chasse », d'escadre « de reconnaissance », d'escadre « de bombardement ». L'escadre aérienne, regroupe selon sa nationalité, plusieurs groupes, escadrons et/ou escadrilles.

France

En France, l’appellation d’escadre remplace celle de régiment[8], en 1932, peu avant la création officielle de l’Armée de l’air (1933)[9].

Les escadres de l'Armée de l'air française, avant la Seconde Guerre mondiale, étaient généralement formées par deux groupes de deux escadrilles. Toutefois, l’unité opérationnelle de base était le groupe qui disposait d'une large autonomie pas l’escadre.

L’escadron a remplacé progressivement le groupe dans l'Armée de l'air française à partir de 1949, sans que la composition des escadres en soit modifiée. Au début des années 1990, les escadres ont été dissoutes dans le cadre du plan « Armées 2000 » et les escadrons sont devenus des unités indépendantes.

Toutefois, l'Armée de l'air a rétabli les escadres à partir de 2014 afin de réunir sous un même commandement opérationnel les escadrons « volants » et les escadrons de soutien opérationnel (ESTA ou « escadrons de soutien technique aéronautique » : ces escadrons, créés à partir de 2008 ont regroupé des fonctions et des services qui étaient donc retirés aux escadrons aériens)[10]. La notion d'escadre a été élargie et désigne maintenant une formation qui rassemble des unités et des personnels dédiés à une même mission : certaines escadres ne comportant pas d'aéronefs[11].

Les escadres de l'Armée de l'air qui suivent sont issues des réorganisations de 2014 et 2015 :

  • la 3e escadre de chasse ;
  • la 61e escadre de transport ;
  • la 36e escadre de commandement et de conduite aéroportée ;
  • l'escadre sol/air de défense aérienne - 1er régiment d'artillerie de l'air (ESADA - 1er RAA) ;
  • l'escadre aérienne de commandement et de conduite projetable.

États-Unis

Aux États-Unis, « escadre » est traduit par wing (plus communément « aile » en français). Chaque wing est composé de squadrons escadrons » en français).

Les escadres aériennes de la Marine militaire (US Navy) appartiennent à deux catégories :

  • l'escadre opérationnelle embarquée à bord d'un porte-avions ou Carrier Air Wing qui est composée d'appareils de types différents réunis lors d'un embarquement ainsi que lors des périodes d'entrainement précédant l'embarquement ;
  • l’escadre fonctionnelle regroupant des appareils d'un même type basés à terre de manière permanente (aviation de patrouille maritime) ou temporaire (aviation embarquée entre deux embarquements).
Structure normale d'une Wing de l'US Air Force avec ses groupes et ses escadrons.

Ainsi, une flottille d'avions de guerre électronique embarquée (EA-18G Growler) appartient à l'escadre fonctionnelle Electronic Attack Wing Pacific mais passe sous le commandement d'un Carrier Air Wing lors d'un embarquement sur porte-avions.

Dans l'aviation du corps des Marines (US Marine Corps), conformément à son rôle expéditionnaire, une escadre (Marine Air Wing) rassemble des appareils de types différents, en général répartis entre plusieurs Marine Air Groups composés de flottilles (squadrons) équipées d'appareils identiques.

Enfin, dans l'Armée de l'air (USAF), le terme d'escadre peut désigner une unité aérienne (Flying Wing), spatiale (Space Wing) ou terrestre (Non-flying Wing). Jusqu'à la première guerre du Golfe environ, une escadre aérienne regroupait uniquement des appareils d'un même type. Aujourd'hui, l'Armée de l'air met également en œuvre des escadres expéditionnaires temporaires (Air Expeditionary Wings) qui sont mises en service opérationnel pendant une période donnée dans le but d’accomplir une mission. Ces unités expéditionnaires regroupent le plus souvent des appareils de types différents.

Notes et références

  1. Ce terme, ainsi que celui « d'Esquadre » a également été utilisé dans les forces terrestres au XVIe siècle mais son emploi a peu duré.
  2. Il ne s'agit pas d’un grade mais d’un rang et d’une appellation auxquels ont droit certains vice-amiraux.
  3. Aujourd’hui, tout officier général de marine est appelé amiral. Sous l’Ancien Régime, le commandant d’une escadre était un chef d'escadre, un lieutenant-général des armées navales ou plus rarement un vice-amiral. Mais en fait, à cette époque, on l’appelait le plus souvent « général ».
  4. Ces grades ou appellations n’ont été adoptés qu’en 1791 (sous la Révolution) mais ils apparaissent déjà dans des écrits antérieurs pour désigner l’officier  le plus souvent un chef d’escadre ou un lieutenant-général  responsable de chacune des trois escadres composant l’armée navale. Notamment, il y a lieu de se reporter à l'ouvrage Tactique navale, publié en 1763 par Bigot de Morogues. Dans la Royal Navy, l'appellation est encore plus explicite car « contre-amiral » se dit rear-admiral (littéralement « amiral de l'arrière »).
  5. Pour la marine à voile, il est possible de se reporter aux ouvrages comme celui du chevalier du Pavillon, Tactique Navale, 1778, ou de Bigot de Morogues, Tactique Navale, 1763. Pour une approche plus géométrique, L'art des armées navales, du révérend-père Paul Hoste, 1727.
  6. Se reporter notamment à l'article sur l’histoire de la marine française.
  7. Notamment dans l'US Air Force actuelle.
  8. Appellation qui était entrée en vigueur après la fin de la Première Guerre mondiale. Un régiment, comme une escadre, était composé de plusieurs groupes. En revanche, un régiment d'aviation dans l'Armée rouge (comme l’escadre Normandie-Niemen) correspondait à un groupe.
  9. Patrick Facon, L'histoire de l'Armée de l'Air : Une Jeunesse tumultueuse (1880-1945), Paris, Larivière, coll. « Docavia », , 195 p. (ISBN 978-2-914205-08-5 et 2914205082).
  10. Source : Magazine Air et Cosmos no 2364 du  : Les escadres font leur grand retour.
  11. Nouvelles escadres aériennes : une cohérence opérationnelle accrue, des valeurs renforcées. Site de l'Armée de l'air consulté le 24 août 2015.

Articles connexes

  • Histoire de la marine française
  • Escadre d'Extrême-Orient (France)
  • Armée de l'air française
  • Histoire de l'Armée de l'air française
  • Liste des escadres de l'Armée de l'air française
  • Escadron
  • Escadron (Armée de l'air française)
  • Escadrille